mardi 22 juin 2010

Une grosse bêtise à faire

Tiraillé entre de sincères blessures et son habituelle langue de bois, Raymond Domenech a souligné que l'image entachée des Bleus ne pouvait plus être réhabilitée que par une belle victoire contre l'Afrique du Sud, mardi. "Ça leur appartient complètement". Et ils l'ont bien cherché... Récit.
Lundi soir, veille de France - Afrique du Sud. Annoncé en retard, Raymond Domenech arrive dans la tente qui sert de salle de presse deux petites minutes après l'horaire indiqué. Devant une assistance des grands jours, l'œil noir, mal rasé et vêtu d'une veste de l'équipe de France de couleur marine, qu'il n'avait jamais arborée jusque-là et vierge de toute inscription, le sélectionneur se présente seul. Ou presque puisqu'il est accompagné du chef de presse de la FFF, portant un simple tee-shirt blanc immaculé. Tenue étrange par cette température. Mais on n'est plus à ça près. Le membre du staff s'assoit à la gauche du sélectionneur, place dévolue jusque-là au capitaine Patrice Evra.

Un capitaine absent. On pouvait l'imaginer, compte tenu de la motion de défiance implicitement "votée" dimanche par les joueurs, le latéral gauche de Manchester United en tête. "Les excuses et les explications n'avaient aucun sens. Je n'attends d'eux qu'une seule chose, un comportement sur le terrain. Pas devant cameras et les micros", tente de justifier Domenech. L'assistance ne pipe mot. Mais n'en pense pas moins. Evra n'est sans doute plus le bienvenu. Pour en être certain, il faudra attendre mardi, quand Domenech livrera la composition d'équipe pour affronter l'Afrique du Sud. SA composition. "Personne n'a jamais fait l'équipe à ma place", répond-il, comme s'il tirait un bilan de ses années à la tête des Bleus.

Là jusqu"au 11 juillet, date de la finale...

Tendu et sincère durant le premier acte, celui où il a justifié l'exclusion de Nicolas Anelka ("Je soutiens la fédération") et expliqué pourquoi il avait lu la missive des joueurs (pour "arrêter la mascarade" (...) "Les Français avaient le droit de savoir"), le sélectionneur national se déride progressivement, jusqu'à refaire du Domenech en fin de représentation. "Je suis là jusqu'au 11 juillet, je le souhaite de tout mon coeur", répond-il à la question sur son envie de continuer l'aventure dans une ambiance si délétère. Ottmar Hitzfeld aurait démissionné à sa place ? "Chacun sa vie, je ne me mêle pas de celle des autres sélectionneurs" lance-t-il sèchement. Entre ces deux réponses, le sélectionneur national de l'équipe de France oscille constamment entre la langue de bois et une envie - à peine dissimulée - de balancer. De tout balancer.

Ainsi, lorsqu'on lui demande s'il se sent responsable ou coupable de la situation actuelle, il assume, mais ne va pas plus loin : "Je suis le responsable de l'équipe de France et de tout ce qui se passe autour d'elle". Une forme d'aveu. De regret, presque. Il refuse de dire s'il en a au sujet de Nicolas Anelka, à qui il a fait confiance jusqu'à la funeste mi-temps de France - Mexique. "Ce n'est pas le moment de faire des bilans. Je les ferai après." On sent pointer un début d'amertume. Mais rapidement, le naturel revient au galop : "Ce qui compte, c'est le match. La réponse des joueurs, vous l'aurez demain sur le terrain. Je n'ai pas besoin de dire quoi que ce soit. Si tous les signes extérieurs qu'on leur envoie ne suffisent pas.... Ça leur appartient complètement." Par la force des choses.

Fierté ou masochisme ?

Ces joueurs qui l'ont désavoué dans les faits, il ne les lâche pas encore. Pour quelle raison ? Croit-il vraiment que le coup est jouable ? Par fierté ? Masochisme ? Un peu des trois, certainement. Dans sa bouche et par son attitude, il fait passer les 22 mutins pour des gamins qui ont fait une connerie trop grosse pour eux. Et qui ont fini par s'en apercevoir. Entre la fessée et la caresse de réconfort, Domenech opte pour la deuxième solution. "J'ai 22 joueurs, je dois les mettre dans une situation pour qu'ils soient prêts. A eux de montrer qu'ils se sont rendu compte de ce qu'ils avaient fait. Et ils s'en sont rendu compte, à eux de le prouver sur le terrain. Il reste une infime chance de passer." Le bateau coule mais l'espoir subsiste. Le sélectionneur veut sauver ce qui peut l'être. Il jouera son rôle jusqu'au bout. Après...

Eurosport
http://fr.sports.yahoo.com/21062010/70/coupe-du-monde-2010-une-grosse-betise-a-faire-oublier.html

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