Si les Girondins espèrent accrocher le wagon européen, il ne leur reste plus que quelques maigres cartouches et le match nul de cette 30e journée face à Arles-Avignon a peut-être déjà scellé leur destin continental, tout du moins s'ils continuent sur ce rythme. Car ce n'est pas tant le petit point pris, ou les deux points perdus, qui doivent inquiéter, mais plutôt la manière. A la fin du match, Jean-Louis Triaud est resté de longues minutes immobile dans les tribunes. Il a fallu attendre son passage devant la presse pour briser le silence. "Je suis ravi, super match, a ironisé le président. On a perdu deux points à domicile contre une équipe qui avait pris 12 points sur la saison. On a frisé le ridicule et on a été dans le jeu proche du néant. Pas d'engagement. Cette équipe est venue, elle nous est rentrée dedans, on a joué coupé en deux. Je ne sais pas moi, je me dis qu'il y a un vrai problème psychologique chez des joueurs comme ça. Je vois qu'ils n'arrivent pas à faire un contrôle, ils ratent des passes, ils marchent sur le ballon. C'est presque une comédie."
Après une heure de jeu, les Girondins n'avaient ainsi cadré qu'une balle sur la cage de Planté et leur pépite brésilienne André, titularisé pour la première fois de la saison, n'a pas fait pencher la balance, bien au contraire. Mal approvisionné en ballons, il n'a pas non plus toujours réussi à se défaire du marquage et son apport en attaque demeure discutable. "Je n'ai pas vu de réaction des joueurs ce soir", a critiqué Nicolas de Tavernost à l'issue du match. "Certaines individualités n'ont pas été la hauteur. On aurait dû tuer la partie dès le départ mais il n'y a pas eu d'envie collective", a déploré l'actionnaire principal. Alou Diarra accuse également le coup. "On accumule les désillusions, constate le capitaine. On n'est même pas capable de battre la lanterne rouge à la maison alors qu'on connaît l'enjeu de cette fin de saison. Il faut reconnaître nos limites, arrêter de se voiler la face. On manque de tranchant en cette fin de saison où toutes les équipes ont des enjeux, que ce soit le titre, l'Europe ou le maintien. Pour l'instant, le contenu est insuffisant".
Triaud : "Ils ne sont pas dignes"
Après une heure de jeu, André quittait finalement la pelouse sous quelques sifflets, avant d'être imité par Jussiê, accompagné, lui, par une bronca. "La réaction du public est normale, on a besoin de son soutien, mais on doit montrer plus, a estimé Diarra. Il faut une équipe de Bordeaux qui soit à l'image de leur fidélité (des supporters, ndlr), de leur abnégation". "Il est normal quand ils n'ont pas vu un bon match que les supporters ne soient pas contents. Ils sont insatisfaits comme nous de la qualité de leur équipe", a renchéri de Tavernost. Il manque l'étincelle au jeu bordelais, ce petit supplément d'âme qui fait la différence, notamment dans les cruciaux derniers matches d'une saison. Jean-Louis Triaud a eu des mots plus durs pour qualifier ses joueurs. "Il y a 25 joueurs professionnels, ils n'ont qu'à se réveiller. Ce sont des garçons qui ont montré dans le passé qu'ils pouvaient faire autre chose. C'est ça qui est le plus difficile à vivre et à supporter, a-t-il accusé. On a connu autre chose, on a vu autre chose. Ils ne sont pas dignes de leur rang, dignes de cette équipe et dignes du club."
Bordeaux a-t-il touché le fond ? "Oui, oui, oui, je crois qu'on peut faire difficilement pire", répond Triaud. Jean Tigana, lui, a déjà vu pire. "J'ai connu le pire à Lorient", se souvient-il. Mais pour l'entraîneur, donc les rumeurs de départ vont bon train malgré les déclarations annonçant son maintien la saison prochaine, la situation devient intenable. Ses choix sont discutés et son discours ne passe plus. "Je ne lâche rien, affirme-t-il pourtant. Avec les blessés, cela ne permet pas des changements, notamment sur les côtés. Comme je suis proche de mes joueurs, on perd ensemble". De son côté, Nicolas de Tavernost assure : "Je ne crois pas que les joueurs aient lâché leur entraîneur. Seulement ils ont des résultats médiocres et un manque de confiance".
Tigana : "Il faut se remettre en question"
Bordeaux est encore en course pour la Ligue Europa, mais ne rencontrera plus aucun relégable. Son calendrier a même de quoi faire frémir du côté de Chaban-Delmas avec, un déplacement à Lille dès la 31e journée, puis à Rennes, lors de la 33e sans oublier les venues de Saint-Etienne, Paris et Montpellier. Pour la suite de la saison, les ambitions sont donc revues à la baisse. "Il faut se remobiliser pour bien terminer, même s'il y a beaucoup de désillusion, sait Diarra. Lille joue le titre, nous, il va falloir avoir le maximum de points pour se maintenir. Il faut arrêter de se mentir: il y a trop de manques". En Gironde, on semble même s'être déjà tourné vers la saison prochaine. "Il faut finir la saison, puis on regardera la prochaine", paraît s'impatienter de Tavernost. Cet été, il pourrait donc y avoir du changement. Et Tigana espère être à la baguette. "Il faut se remettre en question. J'ai déjà fait mon constat, mais on attendra la dernière journée pour faire le bilan pour voir ce qui va ou ne va pas et pour améliorer la situation", a-t-il déjà prévenu.
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