lundi 17 mai 2010

Deschamps : "Tout ce qu'on peut gagner..."

En exclusivité pour Eurosport, Didier Deschamps dresse le bilan de sa première saison à l'OM et dit sa volonté de repousser encore les limites de l'équipe. "Pour aller au bout de nos ambitions, il faut en avoir les moyens, c'est ça qui conditionnera le reste." Deux trophées, ce n'est qu'un début...

DIDIER DESCHAMPS, l'OM est champion, mais il a pris la tête à la 30e journée, quel a été le déclic ?


Il n'y en a pas vraiment eu. Les points, on les prend à tout moment de la saison. On a fini par trouver plus de régularité et de continuité. Si je devais ressortir un match, ce serait celui face à Lyon trois jours après notre élimination contre le Benfica (2-1 le 20 mars). On repassait devant Lyon, on a pris ensuite quinze points en cinq matches et quatorze jours, avec les rencontres en retard. Plus de points que de jours, c'est rare en football.

Êtes-vous agacé lorsque vous entendez que Lyon et Bordeaux, vos deux rivaux, se sont sabordés avec leur parcours en Ligue des champions ?


C'est leur problème. A l'arrivée, le champion est celui qui a plus de points que les autres. Ils ont eu des problèmes ? Nous aussi, on en a eus, mais on a réussi à faire mieux qu'eux. Beau champion ou pas... Le plus beau, c'est celui qui gagne.

Qu'a-t-il manqué à Bordeaux ?


C'est dur de parler des autres. Cela ne dépendait que d'eux, il y a eu sûrement du relâchement, et d'autres choses aussi, mais vis-à-vis de Laurent Blanc, je ne veux pas parler de ça. 43 points, c'était un super premier parcours. Personne n'a jamais fait aussi bien (sur les matches aller).

Lyon a-t-il perdu sa chance en allant en demi-finale ?


Oui ça pompe des énergies, mais il ne faut pas échanger non plus (sic). Être en demi... On leur a enlevé un match (pour préparer la demi-finale). Ils l'ont gagné gagné ensuite (3-0 contre Monaco). Lyon a peut-être perdu quelques points. Mais avant de venir jouer chez nous, ils étaient devant d'un point. Oui les calendriers sont chargés, mais on va finir à 55 matches, on n'aura pas joué moins que Lyon.

Quand avez-vous pris conscience que le titre était jouable ?


Dès le jour où j'ai commencé. J'ai fait en sorte de construire une équipe pour accéder à cette première place. En perdant chez nous contre Auxerre le 23 décembre (0-2), on était assez loin. Le 30 janvier (défaite 0-2 à Montpellier), encore aussi. Mais ça s'est construit sur la longueur. Des blessures nous ont handicapés en première partie de saison, mais l'équipe a appris à créer un relationnel technique et humain. Cela prend du temps. On en a moins à l'OM qu'ailleurs. Je n'ai jamais douté du potentiel de l'équipe, mais ça ne dépendait pas que de nous.

Que retiendrez-vous de la saison, au delà des titres ?


L'aventure humaine dans un club que je connaissais bien. J'ai débarqué avec Guy Stéphan, il a fallu s'adapter aux gens, au contexte. Je connaissais tous les joueurs sur le plan sportif, mais il faut créer une ambiance de groupe et cultiver une culture de la gagne au quotidien. C'est plus difficile à trouver ici car la vie y est belle.

On n'aura pas de noms, mais quel est votre axe pour faire progresser l'équipe ?


Pour aller au bout de nos ambitions, il faut en avoir les moyens, c'est ça qui conditionnera le reste. Ce que je voudrai dépendra du nerf de la guerre, et il est financier. J'ai une idée claire, mais je ne veux pas en parler par rapport aux joueurs qui sont là. Ce sera du cas par cas. Des joueurs sous contrat peuvent avoir envie d'aller voir ailleurs. J'y réfléchirai s'il y a des propositions. On n'est jamais sûr à 100%. Je considère qu'en gardant les mêmes, ce sera plus dur et on n'aura pas les mêmes résultats.

Didier Deschamps, avant ces titres de 2010, vous aviez soulevé en 1993 la dernière coupe remportée par Marseille...


(Il interrompt en souriant) Celle avec les grandes oreilles...

Dix mois après votre arrivée, un nouveau trophée. C'est une belle histoire ?


Un beau symbole. Je connaissais l'attente. J'ai fait le choix de ce challenge excitant, passionnant, avec une part d'affectif. Je suis fier.

Allez vous prolonger et vous installer dans le moyen terme, comme votre président veut le faire, a priori ?


Pas a priori : il me l'a proposé. Je considère qu'un an, c'est déjà le moyen terme. J'ai dit très tôt que j'aimerais m'inscrire dans la durée, même si on ne sait jamais ce qui peut se passer. Je pourrais dire : "je vais voir ailleurs", mais non, je me sens bien et j'ai envie de continuer. Le président y tient beaucoup. On discutera, mais les deux parties sont enclines à aller sur la même route.

Est-il possible de voir Deschamps devenir à Marseille l'équivalent d'un Ferguson à MU ou d'un Wenger à Arsenal ?


Dans le fonctionnement, c'est impossible. Le manager-entraîneur, c'est propre à l'Angleterre. La durée du cycle d'un entraîneur est de plus en plus réduite. Dix-huit mois en moyenne. Avant, trois ou quatre ans, c'était tout à fait normal. On verra. C'est le challenge sportif qui m'intéresse, j'attends des réponses, sans grande inquiétude par rapport à ce qu'on a réalisé. Répondre à l'attente est difficile. Il faut avoir les moyens de nos ambitions. J'espère qu'on les aura, mais je ne le sais pas.

Quel est le déclic qui vous a fait basculer vers la carrière d'entraîneur ?


Les circonstances. J'étais à Valence (en 2001, comme joueur) où j'ai connu beaucoup de problèmes physiques. Je sentais que dans la tête, ça allait lâcher, que j'allais arrêter. C'est une petite mort pour un joueur. J'avais prévu de prendre du temps et le président Campora m'a proposé d'aller entraîner Monaco. J'ai décidé, en cinq jours, de passer de la vie de joueur à la vie d'entraîneur. C'est arrivé très tôt mais je ne le regrette pas.

Lippi dit qu'il savait à 27 ans qu'il serait entraîneur...


Moi non. J'ai relu une interview que j'avais faite en 2000 après l'arrêt de ma carrière en équipe de France. Je disais : "Continuer dans ce rythme là, non, je ne m'y vois pas". Et puis on évolue avec la réflexion quand le rideau tombe. Trouver l'équivalent de cette adrénaline, ce n'est pas évident. Celle que j'ai là n'est pas la même. Mais c'est aussi passionnant. Je suis un privilégié. Ma passion est mon métier.

Y a-t-il un gêne du ''winner'' ?


Le leadership oui, on naît avec. Après, il y a l'éducation, la personnalité, le caractère. Je ne jouais pas pour jouer mais pour gagner. Je n'entraîne pas pour entraîner mais pour gagner. Il n'y a que là que je me sens bien, même si, forcément, ça limite mes choix.

A quoi rêve le jeune entraîneur qu'est Didier Deschamps, à 42 ans ?


Tout ce qu'on peut gagner... Les titres, quels qu'ils soient, valident le travail. Ce que j'ai connu en tant que joueur, j'ai envie de le connaître à nouveau en tant qu'entraîneur. Pour être champion du monde, champion d'Europe... Il ne faut pas rêver trop, mais j'ai envie d'aller le plus haut possible. Pour cela, il faut être au bon endroit, au bon moment. Je n'ai pas d'ambition personnelle, mais l'idée est d'aller à la recherche de toujours quelque chose de plus haut, de ne pas se contenter de ce qu'il y a là.

Gagner la Ligue des champions, c'est un objectif ?


Objectif... J'ai dit qu'il ne fallait pas faire de la figuration, et cela a été interprété. "Il veut être champion d'Europe". Il ne faut pas rêver. Pour un club français, viser le titre, ce n'est pas possible. Après... J'ai fait une finale avec Monaco (en 2004). Les joueurs l'ont bien mérité. Mais il est utopique de dire qu'un club français peut prétendre aller au bout. Au moins franchir une étape. Sortir de ces poules, connaître autre chose, mais la priorité restera le Championnat.

Ce manque de moyens pourrait vous faire quitter la L1 ?


Ce n'est pas de ne pas pouvoir gagner la C1 qui m'y conduirait, ce serait un challenge sportif supérieur à celui que j'ai. Est-ce que les clubs auront besoin de moi? Il y a de plus en plus de bons entraîneurs mais le nombre de postes n'augmente pas.

Vous êtes partis deux fois sur des désaccords, à Monaco et à la Juventus. La Juve, vous avez dit que vous regrettiez. Après deux années sabbatiques, prenez-vous les choses avec plus de recul?


Evidemment. J'ai plus d'expérience aussi. A Turin, c'était au bout d'une saison avec énormément de fatigue. Je regrette les deux décisions, même celle de Monaco. Se séparer n'est jamais agréable. Monaco, cela a duré quatre saisons. La Juve, une seule avec une montée de Serie B. Cela a été une erreur de ma part. Je ne la recommettrai pas, c'est certain.

Donc, Didier Deschamps reste à Marseille...


Je me programme là-dessus depuis des semaines. Mais cela va très vite en football. Fin janvier, on pensait peut-être à dire qu'il fallait changer pour avoir mieux. Là c'est l'inverse, cela permet de relativiser. Je répète que je suis bien à Marseille, je ferai tout pour que l'aventure continue.

L'équipe de France peut attendre ?


Peut-être qu'elle attendra tout le temps. Tout dépendra des circonstances : il faut que je sois libre, qu'elle ait besoin de moi. Je le dis depuis le début, je serais fier un jour d'être son sélectionneur, mais si ça ne se fait pas, je continue la route en étant supporter.


Trois de vos joueurs font partie des trente retenus par Raymond Domenech. Présentez les nous en deux mots.


Mandanda : tranquillité et assurance. Valbuena : créativité et gros travailleur. Ben Arfa : talent et imprévisible.

Serez-vous en Afrique du Sud ?


J'ai besoin de vacances. On m'a beaucoup sollicité pour y aller, mais j'ai besoin de profiter de ma famille. La Coupe du monde, je la regarderai bien évidemment.
Eurosport

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