Le football français connaît actuellement un paradoxe. A l'heure où l'on s'interroge sur le niveau de la Ligue 1, où un promu caracole en tête, ils étaient 15 représentants de ce Championnat à avoir été emmené par Laurent Blanc à Wembley pour affronter l'Angleterre (1-2), mercredi. Une tendance qui ne date pas d'aujourd'hui. Il y avait déjà 16 en août face à la Norvège, alors que les 23 Mondialistes étaient suspendus, puis 14 et 15 lors des deux rassemblements suivants. Et ils ne sont pas là pour faire de la figuration. A Londres, ils étaient 5 au coup d'envoi (Lloris, Gourcuff, Rami, M'Vila, Valbuena). Au total, 10 ont foulé la pelouse. "Je n’ai pas voulu privilégier la Ligue 1 par rapport aux championnats étrangers. Loin de moi cet état d’esprit, s'était défendu le sélectionneur en donnant sa liste. Mais dans les grands clubs étrangers, il y a très peu de joueurs français qui sont titulaires indiscutables. En revanche, dans le championnat français, il y a des joueurs qui sont importants pour leurs clubs. Pour le moment, c’est un critère qui compte à mes yeux".
"Benzema est le seul cas à part, il a de bonnes statistiques en équipe de France", acquiesce Guy Stephan. Le bras droit de Didier Deschamps à l'OM, habitué des joutes internationales pour avoir notamment dirigé le Sénégal, ne voit d'ailleurs rien de choquant à ce que la Ligue 1 soit aussi fortement représentée. Au contraire. "En dehors des punis (Evra, Anelka) et de Gallas, qui me semble hors course, je ne vois pas de joueur qui évolue dans un grand club étranger qui soit vraiment oublié, à part peut-être Mathieu à Valence, estime-t-il. Menez ne joue pas tous les matches, Flamini non plus, Djibril Cissé n'est pas issu d'un grand championnat. Le cheminement de Blanc part de là, et ça n'a pas toujours été le cas ces dernières années".
"Je ne vois pas de joueur oublié"
Est-ce à dire que le niveau de la Ligue 1 ait fait un bon en avant par rapports à ses concurrents européens ? Un Championnat plus relevé, les acteurs de la L1 répondent non. "Ça fait longtemps qu'on a du retard, rappelle Francis Gillot, de Sochaux. Tous nos meilleurs joueurs partent à l'étranger. Les meilleurs attaquants sont à l'étranger depuis longtemps. Ça ne va pas s'arrêter demain. Automatiquement, un fossé se creuse avec les autres championnats". Le technicien y voit une illustration dans le classement très serré de ce début de saison. "Il y a un nivellement par le bas, un resserrement par le milieu de tableau", dit-il. Pour Stephan, "il y a deux façons de voir les choses : soit c'est un resserrement vers le bas, soit ce sont les présumés petits qui se sont améliorés et arrivent à faire le jeu". Mais "la deuxième solution ne tient pas quand on regarde la qualité des matches", dit-il.
L'ancien adjoint de Roger Lemerre chez les Bleus (2000-2002) estime malgré tout que "le 8e, le 9e ou le 10e du Championnat de France auraient de solides arguments contre ceux qui occupent la même place en Liga ou Premier League". Laurent Blanc lui-même, peut-être en souvenir de ses années bordelaises, a aussi pris la défense de la Ligue 1. "Les matches de L1 que j'ai pu voir ont toujours été très intéressants", juge le patron des Bleus qui sillonne régulièrement les pelouses de France ou d'Europe. Il a notamment apprécié un certain Saint-Etienne-Montpellier (3-0) ou PSG-Marseille (2-1) : "Je ne me suis pas ennuyé une seconde. Le problème, c'est qu'on ne voit que les affiches des championnats étrangers à la télévision". Pour Claude Puel, les Coupes d'Europe attestent d'ailleurs du bon niveau des équipes françaises. "La saison passée, nous disputions à Bordeaux une place en demi-finale de la Ligue des Champions, ça montre une certaine cohérence", rappelle l'entraîneur de Lyon.
"En France, on n'a pas de 6-0"
Mais, pour les entraîneurs, il y a un écueil à éviter : il ne faut pas confondre le niveau du championnat et la qualité de ses joueurs. "Il y a quelques années, beaucoup de sélectionnés chez les Bleus évoluaient à l'étranger. Aujourd'hui, il y en a moins. Mais je pense que ça n'a pas de rapport avec le niveau de la Ligue 1. C'est peut être dû au fait que des joueurs internationaux qui ont fait la Coupe du monde ont du mal à digérer ce qui s'est passé en Afrique du Sud", constate ainsi Didier Deschamps. Francis Gillot complète les propos de l'ancien capitaine des Bleus. Pour lui, il reste des joueurs de talents dans l'Hexagone. "Aujourd'hui, en France, il y a trois ou quatre bons joueurs, voire plus parfois, dans toutes les équipes. Il y a des bons joueurs dans tous les clubs. Le problème, c'est qu'ils sont dispatchés", souligne-t-il.
Pour autant, la Ligue 1 est-elle apte à préparer correctement au niveau international ? Francis Gillot veut le croire, en s'appuyant justement sur cette homogénéité du Championnat. "Tous les matches sont serrés tous les week-ends. A l'étranger, il y a peut-être sept ou huit matches dans la saison qui sont moins durs pour les équipes de tête. J'ai quand même vu des 6-0 en début de saison dans le championnat d'Angleterre. En France, on ne voit pas ça", avance-t-il. Avec un Championnat plus disputé et des joueurs internationaux, cette nouvelle vague en équipe de France ne pourrait-elle pas finalement aider à élever le niveau de la L1 ? "Plus le niveau est élevé dans le championnat national, mieux c'est pour la sélection nationale concernée", rêve à voix haute Deschamps. Mais l'entraîneur de l'OM met en garde : "Si les joueurs actuellement sélectionnés en équipe de France sont sollicités par des clubs italiens ou espagnols, ils partiront là-bas".
Eurosport
http://fr.sports.yahoo.com/19112010/70/ligue-1-les-bleus-se-refugient-en-l1.html
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire