Magnifique en 2008-2009, beaucoup plus ordinaire en 2009-2010, Yoann Gourcuff possède encore une marge de progression considérable, à 24 ans. C'est sûrement vrai sur le plan technique, c'est surtout indispensable sur le plan mental. Le milieu n'ira pas beaucoup plus haut si sa carapace n'est pas en mesure de digérer la "folie médiatique" du Haillan. La plus grande surprise de la saison ne fut pas un résultat, mais bien cette matinée où, en conférence de presse, Gourcuff a attribué la responsabilité du déclin girondin à la pression des médias sur l'avenir de son entraîneur. Sidérante interprétation venant d'un jeune ayant côtoyé la Serie A italienne. Bordeaux est demeuré en 2010 l'un des clubs les plus paisibles de France. C'était tellement gros que Blanc lui-même a rectifié les choses quasiment dans la minute. Le violent étourdissement des Bordelais reste cependant l'un des spectacles les plus insaisissables de la saison : 43 points à l'aller, 21 au retour. Le management jusqu'ici parfait de Laurent Blanc aura trouvé ses limites sur un point. Le Cévenol, joueur jusqu'en 2003, a l'habitude de cultiver la confiance envers ses hommes, d'éviter les mises aux verts, de prolonger les vacances hivernales au maximum. Un choix visiblement fatal. "Ils n'ont pas travaillé", a-t-on entendu dans certains staffs le printemps venu, face à la mollesse physique des Girondins. En janvier, Marseillais et Lyonnais se disaient leurs quatre vérités en Espagne et en Tunisie et enchaînaient les exos. En mai, ils termineraient premiers et deuxièmes. (CR)
TROP PETITS POUR UN BIG 3
Ah, il a belle allure le Big 3 de la Ligue 1. Et dire que l'idée de l'émergence d'un Big 4, avec le PSG en guest star, avait été lancée au coeur de l'été... Après deux saisons passées à squatter le podium, Lyon, Bordeaux et Marseille se voyaient bien mettre encore la France au pas. Le 15 mai 2010, l'OM, l'OL et le FCGB, peu importe l'ordre, règneraient une fois de plus sur la L1. On a vu le résultat. Certes, Marseille est champion et Lyon termine deuxième. Mais Bordeaux s'est complètement écroulé après une première partie de saison radieuse. Quant à l'OL, s'il a sauvé les apparences et préservé ses finances du grand big bang, il lui a fallu cravacher plus que de raison. Leurs aventures en quart et demi-finales de la Ligue des champions ont coûté en énergie, et il n'est finalement pas étonnant de voir l'OM - sorti dès le premier tour - sacré champion de France. Courir deux lièvres à la fois reste un luxe que les clubs de l'Hexagone ne peuvent pas encore s'offrir. Laissons le Big 3 ou 4 à nos voisins anglais. Eux ont les moyens (financiers) d'assumer. (MD)
DESCHAMPS, LE WINNER-MANAGER
Didier Deschamps, le football français le connait depuis deux bonnes décennies. Ballon au pied ou assis sur un banc de touche, l'ancien capitaine des Bleus a toujours été fidèle à lui-même. Gagneur à vingt ans, l'ancien Nantais l'était toujours à trente. Quadra, il n'a pas changé. Mais le meneur d'hommes Deschamps, intransigeant quand il faut, n'est pas seulement un type intraitable qui aime que ses joueurs marchent le doigt sur la couture du pantalon. Demandez donc à Mathieu Valbuena. En début de saison, DD ne comptait pas sur lui. Ce qui a eu le don d'énerver le "Petit" qui, à coups de déclarations plus ou moins bien senties, a tout fait pour s'auto-exclure du jeu marseillais. Notamment en décembre où il expliquait être "en colère". " Je ne rêve plus. Je sais comment ça va se passer si je reste." Pas sûr qu'il imaginait vraiment la suite. Qu'il deviendrait champion de France, remporterait la Coupe de la Ligue et serait l'un des incontournables de la deuxième partie de saison de l'OM. Grâce à qui ? A lui-même évidemment. Mais aussi à Didier Deschamps qui a su mettre ses ressentiments de côté. Dans une impasse sportive à la trêve, l'entraîneur a su changer quand il le fallait. Le résultat est allé au-delà de ses espérances. Deschamps, gagneur, mais pas rigide. (MD)
LA JOIE DELIRANTE DE LISANDRO
C’est le fruit d’heures de frustration. Lisandro Lopez aurait préféré laisser exploser sa joie quelques jours avant contre le Bayern Munich. Sevré de ballon lors des deux affrontements face aux Bavarois, il a ravalé sa fierté pour quitter la Ligue des Champions tête basse sur une claque (0-3). Le match suivant face à Montpellier, l’Argentin s’est rattrapé. Dans une rencontre clef pour l’avenir de l’OL, il s’est démené avant de voir Bastos ouvrir le score. Il a alors sauté dans tous les sens, crié à tout va et malmené son maillot avant de poursuivre son show sur le banc. Au coup de sifflet final, il a remis ça avec une célébration digne d’un champion. Il se dit qu’il n’avait pas vraiment goûté le comportement "chambreur" des Héraultais lors du match aller, mais Lopez a surtout démontré une rage de vaincre rare. Et si l’OL a su rebondir pour retrouver la C1 dans ce sprint final et a montré une force de caractère exceptionnelle toute la saison, le Gaucho n’y est sûrement pas étranger… (GC)
LORIENT-GOURCUFF : LE MIRACLE PERMANENT
Il y a neuf mois, à l'aube d'une saison qu'il redoutait par-dessus tout, Christian Gourcuff avait tiré la sonnette d'alarme. Une nouvelle fois dépouillé de certains joueurs majeurs sur le front des transferts (Mickael Ciani, Christophe Jallet, Fabrice Abriel), l'entraîneur breton devait repartir de zéro. Il craignait le pire. Le meilleur est arrivé. Lorient a obtenu le meilleur classement de son histoire (7e), terminant à six points seulement du champion de France en titre. Le tout avec une qualité de jeu rarement prise en défaut, et le deuxième buteur du championnat (Gameiro). Il s'étonne lui-même de sa réussite. "C'est vrai, j'avais beaucoup de craintes à l'intersaison pour l'année à venir et pour l'avenir du club, mais c'est au-delà de toutes mes espérances", avoue aujourd'hui Gourcuff. Le papa de Yoann n'a pas que des amis parmi ses confrères. Il a son petit caractère. Mais sa compétence est indéniable. L'appauvrissement de ses moyens ne l'a jamais incité à renier ses principes d'exigence qualitative. C'est son plus grand mérite. Ça tombe bien, car tout indique que cet été, une fois de plus, quelques Merlus quitteront le navire. Vahirua est déjà parti, Marchal aussi, Gameiro suivra sans doute. Peut-être quelques autres. Prêt pour un nouveau miracle? (LV)
CHAUDES, LES COULISSES
Du suspense, des surprises, un peu moins de calculs d'épiciers qu'il y a quelques années, le Championnat de France reste, sur le terrain, un spectacle intéressant. Mais il évolue sur un champ de mines. Alors que le dossier du hooliganisme parisien n'a jamais été aussi préoccupant (un mort cette saison), alors que l'arbitrage a encore justifié quelques colères délirantes (mais c'est pas grave, tout ce beau monde fera la paix à la fédé en août), les clubs de L1 sont financièrement en très grosse difficulté, avec de lourds déficits dans leur écrasante majorité. Les perspectives ? Des effectifs dégraissés plutôt que renforcés. Un appel d'offres pour les droits TV qui pourrait priver Canal+ de concurrence. La menace d'une grosse baisse des ressources est si sérieuse que la LFP envisage de créer sa propre chaîne pour faire du cas par cas. Il en faudra plus pour convaincre les clubs du virtuel Big Four (Lyon, Marseille, Bordeaux et le PSG) de soutenir la gestion Thiriez, qu'ils brûlent d'envie de contester à visage découvert. Sensibles à l'idée d'une individualisation des droits TV, ils maintiennent la pression pour une distribution des revenus plus élitistes. Il ne manquerait plus que l'UEFA attribue l'Euro 2016 à la Turquie... Cela gèlerait le dossier de la rénovation des stades, et peut-être le crédit, réel mais fragile, de la L1. (CR)
Eurosport
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