Vendredi et mardi prochain, l'équipe de France trouvera sur sa route l'Albanie et la Bosnie-Herzégovine, deux obstacles auxquels la fatalité a rajouté les absences de quelques cadres, touchés dans leur chair et privés de ces finales censées propulser les Bleus vers l'Euro 2012. A ces embuches, on serait tenté d'en ajouter une, bien plus insidieuse mais tout aussi problématique : le Stade de France (80.000 places) et la représentation que les joueurs s'en sont fait récemment.
L'avantage, c'est que le souci est connu et a été identifié par Laurent Blanc dès le lendemain de la défaite face à la Biélorussie (0-1), en septembre 2010. "Il faut que cela devienne le stade de l'équipe de France. Il faut que les joueurs le connaissent bien, qu'ils prennent l'habitude de jouer dans ce stade-là. (...) Il est possible que certains joueurs aient été plus timorés à cause de l'environnement. Lorsqu'ils y évoluent pour la première fois, ils ne sont pas loin de sortir leur appareil photo", regrettait-il à l'époque. L'inconvénient, c'est que le schmilblick n'a pas beaucoup avancé depuis. Par la force des choses.
Entre la Biélorussie et l'Albanie, vendredi, les Bleus de Blanc ne se sont produits dans l'enceinte dionysienne qu'à trois reprises. C'était contre la Roumanie (2-0) il y a un an, puis face au Brésil (1-0) et la Croatie (0-0) en février et mars. Deux fois sur trois, la France a gagné. Pour apprendre à connaitre et apprivoiser le plus grand stade de l'Hexagone et supporter la charge émotionnelle inhérente à un lieu où les Bleus ont touché le ciel un soir de juillet 1998, les Tricolores - relogés à Enghien aux abords des matches - y avaient également effectué quelques entraînements. C'est bien. Mais c'est peu. "Le Stade de France fait peur car on a toujours l'impression, lorsqu'on joue à Paris, d'être jugé, reconnait Frank Leboeuf (50 sélections). Les gens du théâtre vous diront qu'ils font des tournées en province avant d'aller à Paris pour avoir un peu de crédit. Les Bleus c'est pareil, la province accueille magnifiquement. Le public parisien juge."
Il n'y a pas écrit "attention danger"
Les Bleus auront en plus face à l'Albanie et la Bosnie la sanction ultime du terrain. Yann M'Vila et ses copains vont évoluer dans un contexte et une pression différents. Parfois même inédits. Ils sont peu à avoir joué des matches internationaux avec le couteau sous la gorge. Lloris, Evra, Diarra et Malouda avaient pris part à l'irrespirable barrage face à l'Irlande (1-1) et s'étaient "ch.. dessus" avec leur équipe, pour reprendre les termes employés par Raymond Domenech en privé quelques semaines plus tard. Ces joueurs avaient pourtant quelques batailles derrière eux et plusieurs cadres plutôt expérimentés pour assurer le coup (Henry, Gallas). Et pourtant...
Des joueurs qui pourraient fouler la pelouse vendredi, seule une poignée (Lloris, Evra, Nasri, Diarra) a plus de cinq apparitions au Stade de France. Même Réveillère, qui fréquente la sélection depuis bientôt huit ans, ne compte que quatre apparitions. Thomas Sammut, préparateur mental auprès du Cercle des nageurs de Marseille (aux côtés notamment de Camille Lacourt, William Meynard ou Fabien Gilot), connait bien le problème. Ses nageurs sont souvent obligés d'évoluer dans un cadre bien plus grand que celui qu'ils fréquentent habituellement. La plupart du temps, c'est à l'occasion de grandes compétitions, avec la pression qui va avec. Sa solution : relativiser en quelque sorte. "Il faut se baser sur des faits concrets et la réalité objective. Par définition, un stade est neutre. Ce n'est ni méchant, ni gentil. Il n'y a pas écrit "attention danger" devant le Stade de France. C'est la représentation qu'ils vont se faire du stade qui compte. Chaque joueur va se faire sa propre réalité subjective. Ce sont eux qui vont créer ou non une situation difficile." Les Bleus savent ce qu'ils doivent faire. Ou éviter de faire. En 2009 aussi, ils savaient. Cela ne les a pas empêchés de passer à un doigt, ou plus précisément une main, de la catastrophe.
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