jeudi 19 juin 2014

Coupe du monde 2014: «Jamais la Suisse n’a eu autant de joueurs de talent»

Gilbert Gress, l’ancien sélectionneur de la Nati, évoque l’un des adversaires des Bleus à la Coupe du monde…
C’est un titre honorifique, mais ça compte quand même. En 2010, lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, la Suisse avait été la seule équipe à battre le futur champion Espagnol (1-0). Ca n’avait pas suffi à la Nati pour sortir des poules, mais ça démontre les progrès réalisés par une sélection désormais 8e au classement Fifa, et bourrée de joueurs de talents. Pour son ancien sélectionneur Gilbert Gress, la Suisse, adversaire des Bleus en poule, a un vrai rôle d’outsider à jouer au Brésil.

Quel est l’objectif de la Suisse à la prochaine Coupe du monde?

Il faudrait qu’elle passe le premier tour. Elle avait battu l‘Espagne lors du premier match il y a quatre ans et elle ne s’est pas qualifiée derrière (une défaite face au Chili et un nul face au Honduras), il ne faudrait pas refaire le même coup cette année en battant la France puis plus rien. Elle est capable de passer ce premier tour. Après, tout dépend du tirage. Si elle tombe sur l’Argentine et gagne… elle peut aller jusqu’à la finale.

Vous parlez justement de ce match face à l’Espagne, où la Suisse avait montré de grandes qualités défensives. Elle n’a d’ailleurs pas concédé beaucoup de buts lors des éliminatoires. C’est sa grande force?

Oui. Mais c’est une équipe qui est capable de faire le jeu. Il y a des joueurs qui jouent dans de très grands clubs européens et qui ne sont pas sur le banc, des joueurs avec de la personnalité. Je pense notamment à Inler (Naples) ou Shaqiri (Bayern), même s’il ne joue pas tout le temps. Jamais la Suisse n’a eu autant de joueurs de talent. Avant, il y avait des bons joueurs, comme Chapuisat, Sforza, qui avaient remporté la Ligue des champions. Mais maintenant, il y a un ensemble beaucoup plus complet, solide dans tous les secteurs.

Elle est favorite face à la France?

Sur le papier, c’est vrai que la France a plus d’arguments, plus d’atouts. Après, les derniers matchs entre les deux équipes, ce sont trois matchs nuls. Ça ne m’étonnerait pas que ce soit le cas au Brésil.

Quel est l’état actuel du football suisse? Le club de Bâle réussit bien en Coupe d’Europe depuis quelques saisons…

C’est un club qui me surprend. L’année dernière, avant d’arriver en demi-finale de Ligue Europa, il venait de perdre la moitié de leur effectif: Shaqiri au Bayern, Xhaka à Monchengladbach, Vogel à la retraite. Et malgré ça, ils ont fait ce parcours. C’est un club bien structuré. Cette équipe a quand même réussi a battre deux fois Chelsea… ce n’est pas rien. Mais la Suisse a le problème des petites nations: dès qu’il y a un bon joueur dans une équipe, il part à l’étranger. Si Bâle avait gardé son équipe, c’est en Ligue des champions qu’on l’aurait vu, pas en Ligue Europa. Forcément, les ambitions sont limitées…

On sent quand même depuis quelques années une montée en puissance…

Vous savez, quand j’étais entraîneur et Neuchâtel Xanax (de 1981 à 1990, puis de 1994 à 1997), on avait battu le Bayern Munich, le Real Madrid, le grand Hambourg… Il y a toujours eu en Suisse des équipes capables de rivaliser avec les grandes équipes européennes. Et il y a trois ou quatre ans, les -17 ans étaient champions du monde. Avec des joueurs qui seront au Brésil, comme Seferovic ou Xhaka. La Suisse ne sort pas de nulle part.
Mais il y a une progression récente…
Oui, la Suisse récolte les fruits d’une politique de formation lancée il y a une quinzaine d’années. Elle s’est d’ailleurs largement inspirée de la France, en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs que lorsque les premiers centres de formations ont été créés, il y a une trentaine d’années.

Quelle est la place du foot en Suisse?

Je dirais premier ex aequo avec le hockey sur glace, peut-être un peu derrière. Sauf quand Roger Federer gagne des tournois du grand chelem. Le Hockey et ses salles se sont beaucoup développés ces dernières années. A Berne, il y a par exemple une salle avec 15.000 spectateurs. Il manque à la Suisse du foot de grands exploits fondateurs pour créer quelque chose, c’est sûr. Mais je vois mal un club suisse remporter une coupe d’Europe…

Les joueurs ont-ils une côte de popularité importante pour créer un engouement?

Oui, l’équipe est bien perçue en Suisse. L’an passé, après que le Bayern a remporté les trois titres, il y avait une coupe pour les enfants dans la misère en Suisse, sur une journée. Il y avait un match de gala et, ce jour-là, la vedette c’était Shaqiri qui était venu pour dédicacer ses photos. On lui avait demandé de jouer deux minutes, pour le principe. Il a joué tout le match, 20 minutes avec une équipe, 20 avec l’autre. C’était remarquable pour les gamins. Ca dénote un certain esprit, partagé par l’ensemble de l’équipe suisse.

http://www.20minutes.fr/sport/1357149-coupe-du-monde-gilbert-gress-jamais-la-suisse-n-a-eu-autant-de-joueurs-de-talent

Aucun commentaire: